François Calay

Le Stalag VIIIA

Humiliation profondestalag VIIIAstalag 8A
Séparation familiale
Solitude et survie

Eloignement et doute
Incertitude permanente

Conditions de vie inhumaines
Proximité permanente de la mort

4 ans passés au STALAG VIIIA

 

et heureusement ...

... il est revenu en 1944, accompagnateur d'un train de malades, avec la fonction d'interprète de la langue de Goethe, qu'il avait apprise là-bas et parlait quasiment sans accent.

C'était mon père, Lucien CALAY (1913 - 1981).
CALAY LUCIEN

Durant toute sa vie, il m'en a parlé, m'a raconté des anecdotes toujours étonnantes, et souvent tragiques.
Parfois, lorsqu'il rêvait la nuit, il faisait des cauchemars et criait en allemand.
Lui, n'y est jamais retourné, car le rideau de fer rendait le voyage impossible.

J'y suis enfin allé une première fois en juillet 2008.

A l'époque de la guerre, le camp se trouvait en territoire allemand, à Görlitz.
Après la guerre, la frontière fut déplacée, et la partie de la ville située sur la rive orientale de la Neisse est devenue une ville polonaise appelée Zgorzelec. C'est dans les faubourgs à l'est de celle-ci que se trouve l'emplacement du camp.

Le camp a été détruit après la guerre, mais on distingue, malgré la végétation, les traces de ce lieu d'horreur : chemins, emplacements, quelques ruines ou fondations de bâtiments.

Des dizaines de milliers de personnes y sont décédées, et il subsiste un grand cimetière au fond à gauche, dans lequel se trouvent les fosses communes des soldats russes.
Car le camp était partagé en deux parties : l'une était réservée aux prisonniers russes, qu'on laissait littéralement mourir de faim et de maladie car ils n'étaient pas repris dans la Convention de Genève ; l'autre partie était réservée aux prisonniers wallons, français, anglais, etc., qui étaient légèrement "protégés" par cette même Convention.

Dès le retour de mon premier voyage là-bas en 2008, j'ai cherché à contacter plusieurs anciens prisonniers incarcérés dans le camp, pour comprendre, pour entendre.
Ces recherches furent très difficiles : les plus jeunes prisonniers de l'époque avaient déjà presque 90 ans et leur santé était dégradée.
J'ai eu l'a chance, en février 2009, par l'intermédiaire de l'association belge "Allo ici Görlitz", d'avoir un long contact téléphonique avec l'un d'entre eux, puis d'assister à un dîner de retrouvailles où se trouvaient quelques rares survivants ayant encore toute leur mémoire. Il m'ont expliqué en détail la structure du camp, la disposition des lieux, le champ de manoeuvres (allemand puis russe) qui se trouve derrière le camp et qui porte à confusion, les conditions de détention, les difficultés sociales, et bien d'autres choses tragiques que la pudeur de l'époque avait occulté.

Je veux comprendre, autant que possible, ce que mon père a vécu, les traumatismes profonds qui l'ont affecté. Je veux mettre les véritables images sur ce qu'il m'a raconté.
Dommage qu'il faut m'a fallu avoir moi-même plus de 50 ans pour m'y intéresser !

Stalag VIIIA

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J'y suis retourné deux fois en 2017.

Ces dernières années, au Stalag VIIIA, il y a beaucoup de changements, grâce au musicien français
Olivier Messiaen (1908-1992)

Car Olivier Messiaen, l'un des musiciens français les plus célèbres du XXeme siècle, a séjourné au Stalag VIIIA.
Mon père n'en a jamais parlé, pourquoi ? ...
La célébrité est souvent posthume, mais en étudiant les dates, je comprends mieux :

Vers juin 1940, Olivier Messiaen est fait prisonnier et se retrouve au Stalag VIIIA
En janvier 1941, il y compose son célèbre "quatuor pour la fin du temps", qui est joué devant un auditoire de 400 prisonniers (ce qui est très peu quand on sait que le camp en abrite plus de 10 000).
En février 1941, il est libéré avec ses trois compagnons ayant interprété le quatuor. Ils retournent vivre en France.
Il séjourne donc huit mois seulement au camp. La musique a-t-elle touché le coeur des gardiens, ce qui a permis leur libération ?
Voici le lien YouTube vers cette oeuvre d'un style très différent de Wagner dont Hitler raffolait.
Je suis surpris par tout cela. Mon père, lui, n'en a jamais entendu parler, et n'a pas été libéré ...

Conséquence : construction à l'entrée du camp en 2014 du centre culturel européen de Zgorzelec-Görlitz : le " Meetingpoint Music Messiaen"

Le Stalag VIIIA devient donc mondialement célèbre, ce qui est réjouissant.
Un très grand bâtiment en briques rouges y est érigé. Il abrite des salles de conférence, mais aussi un espace musée du camp.
Certains éléments de relecture témoignent la gloire du compositeur. Quelques nouvelles fouilles sont effectuées, pour remettre au grand jour la vie de sa captivité.

C'est positif : l'honneur est rendu à ce lieu, dans lequel ont souffert tant de milliers d'hommes durant de longues années.

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Quelques photos - cliquez pour agrandir

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Adresse de l'emplacement du camp (et du centre Messiaen avec son musée) :
Stalag VIII A
Zgorzelec Ujazd
Ul. Luzycka
Zgorzelec
Pologne

Zgorzelec sur Google maps : cliquez ici

Adresse d'un autre petit musée du camp, situé dans une salle au premier étage du centre scolaire de Zgorzelec :
National Memory Chamber
Zgorzelec School
Ul. Powstancow Slaskich 1
Zgorzelec
Pologne

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Plan du camp (dessiné par Walter Hanse - cliquez dessus pour agrandir) :

Plan du STALAG VIIIA

Plan d'une baraque (dessiné par Walter Hanse - cliquez dessus pour agrandir) :

Plan baraque Stalag VIIIA

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Coordonnées de contact de l'Amicale belge du Stalag VIIIA (Allo, ici Görltz) :
Madame J. Thisquen
Clos des Bouleaux, 6
1970 Wezembeek-Oppem
Belgique
j.thisquen@skynet.be


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