François Calay

Le Stalag I-A

Lucien CalayStalag 1A _ Calay LucienMon père, Lucien CALAY (1913 - 1981), fut prisonnier en 1940, au STALAG I-A
Il y travailla dans une carrière de basalte, ainsi que dans une ferme des alentours.
Il y resta 9 mois. Etant donné qu'il était sous-officier, il fut changé de camp et transféré au Stalag VIII-A, où il restera jusqu'en août 1944.

Durant toute sa vie, il en a parlé, a raconté des anecdotes étonnantes, souvent tragiques.
Lui, n'y est jamais retourné, car le rideau de fer rendait le voyage impossible.

Le Stalag I-A se trouve actuellement en Russie, dans l'actuelle enclave de Kaliningrad.

A l'époque de la guerre, le Stalag I-A se trouvait en territoire allemand, en Prusse orientale, près d'un village appelé Stablack, à quelques kilomètres de la ville d'Eylau. C'était situé à 35 kilomètres au sud de Königsberg (actuellement Kaliningrad).
Le camp abritait 20 000 prisonniers, dont la majeure partie travaillait dans les carrières, les fermes, ou les usines de la région.

Après la guerre, les frontières furent modifiées, et cette zone située au sud-est de la mer Baltique est devenue territoire Russe.
Les habitants allemands furent déplacés et remplacés par des militaires en provenance des pays de l'URSS, car c'est un territoire situé dans une région très sensible en cas de conflit.
La population de l'enclave de Kaliningrad est actuellement d'un million d'habitants.

1994 : Je suis allé là-bas en voiture une première fois, seul, ... kaliningrad

J'avais obtenu l'autorisation de traverser Kaliningrad en voiture, avec un visa de transit pour me rendre dans les Pays Baltes.
C'était un voyage assez périlleux vu l'absence de GPS, d'internet, de téléphones mobiles, de cartes routières, et d'informations.

Je n'ai pas trouvé le camp, dont je n'avais d'ailleurs pas l'adresse exacte, et que je situais trop au nord.

Il faut savoir qu'en 1994 :

- Les contacts avec les autochtones étaient impossibles vu que je ne parlais pas russe, personne n'y parlait aucune langue étrangère.
- Le contexte ultra-militarisé, économiquement misérable et largement éthylisé ne permettait aucune relation humaine avec un touriste étranger.
- Même les policiers auxquels je m'étais adressé n'avaient pas sur eux de stylo et de papier, et m'ont fait un dessin de la route à suivre en creusant la terre avec une branche d'arbre.
- Les douaniers, eux, m'avaient proposé d'échanger le badge de leur béret en échange de quelques cigarettes.
- Il me fut impossible de trouver en rue quelqu'un de non-alcoolisé, même parmi les militaires assis à côté de leurs camions bien souvent en panne.
- Les panneaux routiers étaient destinés aux piétons, et n'indiquaient pas les villes. Ils mentionnaient des lieux au sein de la localité : poste, gare, magasins. Personne n'avait de voiture. Les seuls véhicules étaient des camions militaires, qui connaissaient la route ...

Les dernières années de l'URSS furent une terrible faillite économique et sociale, il faut l'avoir vu pour s'en rendre compte.

Heureusement, tout cela a changé depuis le démantèlement de l'URSS, et Kaliningrad a relevé son niveau de vie, qui tente à se rapprocher de ses voisins européens : Pologne et Lituanie.

2017 : J'y suis retourné en voiture, mieux documenté, et j'y suis presque arrivé ...

Cette fois après des recherches approfondies (en russe) sur internet, en possession d'une adresse que je crois exacte (je crois avoir l'adresse du camp mais c'est celle du cimetière du camp devenu un mémorial), un bon GPS, les cartes de la région, accompagné d'amis lettons parlant parfaitement russe, j'y suis arrivé.

On m'a conseillé :
- de ne pas s'y rendre avec une voiture à plaque étrangère, car le Stalag I-A se trouve dans la zone pré-frontalière (moins d'un kilomètre) avec la Pologne, une zone surveillée intensivement par les patrouilles militaires.
- d'avoir sur soi l'un ou l'autre élément prouvant le lien avec le camp (quelques photos de la guerre par exemple), de manière à pouvoir justifier sa présence sur les lieux dans le cas d'un interrogatoire consécutif à un contrôle.
- et de savoir qu'il est vu comme très positif par les autorités russes d'avoir une souffrance familiale qui amène à se rendre en pèlerinage dans un mémorial évoquant le "fascisme" allemand.

La ville d'Eylau, située à quelques kilomètres à l'est du camp, et où se trouve le poste frontière avec la Pologne, s'appelle Багратионовск (= Bagrationovsk).
Le village actuel le plus proche du mémorial du camp s'appelle Нагорное (= Nagornoye), c'est là qu'on emprunte le chemin empierré qui mène à l'emplacement du cimetière du camp.
Le village de Stalback, où se trouvait la gare acheminant les prisonniers, se trouve un peu à l'ouest, et s'appelle maintenant Долгоруково (= Dolgorukovo). C'est près de l'entrée de la ville, pas loin de la gare, que se trouvait le camp lui-même.
Malheureusement, je n'avais pas ces informations détaillées concernant l'emplacement réel du camp lors de mon voyage de 2017 : c'est une information qui m'a été transmise début 2021.
Je prévois donc d'y retourner, je veux voir cet endroit précis.

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Voici une carte régionale sur laquelle j'ai indiqué l'emplacement du mémorial (=cimetière) du camp par un point rouge, et ainsi que les lieux dont je parle ci-dessus.
Cliquez sur la carte pour l'agrandir :

STALAG 1A

Emplacement du mémorial (cimetière) du Stalag I-A :

Mémorial du Stalag I-A
Coordonnées GPS : 54.3914, 20.551
Près de Nagornoye
Région de Bagrationovsk
Oblast de Kaliningrad
Russie


Photos (cliquez pour agrandir) :

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Stalag 1A

"La deuxième guerre mondiale, c'était une guerre contre la dictature. Ceux qui ont gagné la guerre en 1945 sont ceux qui ont éliminé leurs dictateurs. Les autres ont dû attendre 1990".
Janis Ozols (Letton)

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