François Calay

La perception d'autrui

Semblables mais différents
Chaque jour nous rencontrons des proches, des amis, des voisins, des collègues, ...
Nous vivons avec autrui, ces êtres différents que nous appelons parfois "nos semblables".

L’expérience d’autrui est familière mais elle nous plonge aussi dans une formidable diversité, qui nous fait rencontrer la particularité de chacun : ceux que nous croyons semblables au premier abord se révèlent souvent bien différents de ce que nous aurions pu penser d’eux !

Le fonctionnement est le suivant : nous partons de la connaissance de nous-mêmes, et, forts de cette connaissance, nous allons à la rencontre d'autrui, que nous identifions, par analogie, avec certaines expériences de nous-mêmes.

Pour nous aider dans cette tâche bien difficile, nous avons à notre disposition une série de repères sociaux et culturels, des repères émotionnels et corporels, le langage, ainsi que des préjugés et des stéréotypes collectifs. Un vaste programme.

Pouvons-nous comprendre véritablement autrui ?
Comprendre quelqu'un, c'est aller jusqu’à ressentir par empathie ce qui se présente chez lui comme raison de vivre et d’agir. L’autre n’est alors plus catalogué suivant des repères collectifs, mais représente un être humain unique, que nous pouvons porter dans notre coeur.

Le plus souvent, nous estimons avoir compris l’autre quand nous pensons arriver à «nous mettre à sa place», c'est-à-dire deviner et comprendre ses sentiments, ses pensées et ses ressentis.

Pas de déductions hâtives !
Sachant par expérience personnelle que les larmes sont l’expression de la tristesse, nous déduisons spontanément, en voyant quelqu'un pleurer, qu’il est triste. Nous faisons donc une inférence qui va de notre cas personnel (moi, ma tristesse) à un autre cas particulier (lui, sa tristesse). Car nous présupposons que tous les hommes sont faits de la même manière, et en déduisons que l’autre est comme nous : il pleure parce qu'il est triste.
Mais l’interprétation devrait être polyvalente pour respecter la complexité de l’autre. Est-il vrai que les larmes sont toujours un signe de tristesse ? Non. Il y a des larmes qui sont des larmes de bonheur ... et ... on peut pleurer en épluchant des oignons ...

Il est donc arbitraire de choisir une interprétation a priori sous prétexte qu’elle est notre réaction habituelle/connue.

Pire, l’être humain est tout à fait capable de dissimuler. Certaines personnes ne se dévoilent pas facilement et ne laissent transparaître ... qu'une seule larme ! Comment inférer correctement dans de telles conditions ?

Par précaution, il vaut donc mieux être sur sa réserve, et penser qu'autrui n'est jamais tel que nous l’imaginons : nos constructions mentales à son égard sont hasardeuses ...

Et le non-dit ?
Si le discours a son sens, le silence a aussi une éloquence. Comprendre l’autre, ce n’est pas seulement comprendre ce qu’il dit, c’est aussi comprendre ce qu’il ne dit pas mais qui s’exprime autrement : les gestes en disent souvent aussi long que les paroles.

Selon les psychologues de la relation, 7% seulement de la communication passe par les mots, 38% passe par l’intonation de la voix et 55% relève du langage du corps.

Conclusion
Dans ma vie, la perception d'autrui est un domaine que je m'efforce de gérer au mieux. Je suis souvent envahi de ressentis émotionnels et sensitifs exacerbés, et j'aborde les situations avec une vision globale, ce qui me donne une forme d'intuition spontanée, qui pourrait être mise au service des autres si j'étais capable de la canaliser efficacement.
Mais jusqu'ici, c'est mon ressenti d'extraterrestre inadapté qui a pris le dessus et fait de moi un solitaire paranoïaque à mi-temps ;)

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"Connaître autrui n'est que science ; se connaître soi-même, c'est intelligence."
Proverbe chinois

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