François Calay

Apprivoiser sa mort

la mortLa mort est sans doute une des seules chose au monde que l’homme ne peut supprimer, même si la médecine s'efforce, en permanence, de tenter de reculer son échéance.

Pour ceux qui en ont conscience, la mort reste un grand mystère ... car elle peut survenir ... à tout moment ...

Alors, que faire ? Une solution ne serait-elle pas d'essayer d'apprivoiser sa mort, se familiariser avec sa venue et l’intégrer dans notre parcours en vivant à temps plein mais avec une prudence suffisante les événements acceptables que la vie nous présente ?

La mort n’est pas un accident. Les circonstances de la mort peuvent être accidentelles, mais non la mort elle-même.

Le propre du vivant sur cette planète, c’est qu’il a une finitude. Le vivant peut subir de multiples mutations, adaptations et transformations, mais arrive un temps où il vieillit, se détériore et disparaît.
La mort est d'ailleurs nécessaire comme composante même de la vie, car c’est par la mort que la vie se régénère.
Refuser la mort, c’est donc d’une certaine façon refuser aussi la vie ... pas facile à comprendre ni à accepter !

L'approche de la mort peut parfois être positive : j'ai constaté que certaines personnes, qui ont côtoyé la mort de très près lors d'une maladie ou d'un accident, ne vivent plus du tout de la même manière par la suite. Cela les rend différentes. Leur sens des priorités ou des valeurs profondes, ainsi que leurs projets de vie, peuvent avoir complètement changé.

Dans l'histoire de mon accident, je me souviens de deux moments précis où j'étais déjà 'dans' la mort.

Le premier, c'est lorsque j'étais dans les flammes et que je ne trouvais pas la sortie de la fosse. A ce moment j'ai dialogué avec la mort, très consciemment.
Je lui ai dit 'non'.

Le deuxième, c'est lors d'une intervention chirurgicale d'urgence durant mon hospitalisation. J'étais couché sur la table d'opération, entouré d'une dizaine de personnes qui s'acharnaient à me garder en vie, je voyais sur le monitoring ma tension sanguine diminuer à vue d'oeil ... et l'infirmière qui était à ma gauche pleurait déjà. Elle me tenait la main et ne trouvait plus mon pouls qui fuyait.
Je me souviens du masque, car cette fois-là on m'a endormi avec des gaz. Et ma dernière pensée avant de plonger dans l'endormissement artificiel fut 'je tiendrai le coup'.
Et la mort n'a pas voulu de moi, en tous cas, moi je n'ai pas voulu d'elle.

Je suis empreint de cette notion tragique de la mort, et il faut absolument que je me "reprogramme" d'urgence pour pouvoir m'imaginer mourir dans des circonstances de paix, entouré des miens, écoutant la musique que j'aime ...

Je pense qu'il y a trois types de mort :voilier

1 - celle contre laquelle on peut se battre et en sortir gagnant. Elle s'applique à certains accidentés, mais également à certaines maladies tragiques (le cancer, par exemple). C'est une survie sur une corde raide, très fragile. La moindre erreur est fatale, il n'y a souvent pas de "deuxième chance", mais une connaissance profonde de ses propres symptômes, un travail psychologique et spirituel ainsi qu'une rigueur de vie et une finesse de soins permettent de gagner.
"Gagner" chaque minute de vie, survivre plutôt que vivre, mais être toujours là. C'est mon histoire personnelle.

2 - la deuxième manière de mourir, c'est celle qu'a connu ma maman. Elle est décédée à 95 ans, d'une manière extrêmement belle et naturelle, dans son lit, chez elle, entourée des siens. Toute la famille se relayait autour d'elle jour et nuit depuis plusieurs mois, et ses fonctions se sont éteintes une à une. A la fin, il ne restait plus qu'une petite flamme de vie, telle une petite bougie. Sa fin de vie a été un grand témoignage de paix, d'unité et de sérénité.

3 - la troisième manière de mourir, c'est celle qu'a connu mon papa. Il est décédé d'un infarctus foudroyant à l'âge de 68 ans. C'est une manière de mourir que je trouve redoutable : pas d'adieu possible aux proches, pas de possibilité de s'y préparer, de mettre de l'ordre dans ses effets personnels, ni de préparer l'entourage. Aucune possibilité non plus de se battre et de la refuser. On reste 'sur place'. Beaucoup d'accidentés "tués sur le coup", les militaires au combat, les cardiaques, etc., connaissent ce type de mort.
C'est la mort qui fauche, telle qu'elle est représentée par ce très ancien symbole, le 'faucheur' n'ayant d'ailleurs pas de visage : il est impossible de communiquer avec lui.

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" Il y a deux attitudes devant la mort. Ce sont les mêmes attitudes que devant la vie.
On peut les fuir dans une carrière, une pensée, des projets.
Et on peut les laisser faire - favoriser leur venue, célébrer leur passage.
La mort dont nous ne savons rien posera sa main sur notre épaule dans le secret d'une chambre ou elle nous giflera dans la lumière du monde - c'est selon.
Le mieux que nous puissions faire en attendant ce jour est de lui rendre sa tâche légère :
qu'elle n'ait presque rien à prendre parce que nous aurions déjà tout donné."
Christian Bobin

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