François Calay

Morphine, tu es là

morphineDurant mes 6 mois d'hôpital et l'année qui a suivi, quand la dose était très forte, j'étais dans un apaisement psychique total, accompagné de petits picotements agréables, et d'un adoucissement des bruits extérieurs.
Et le temps s'arrêtait, et des images douces pouvaient - ou non - apparaître à mes yeux.

Oh morphine, j'ai gardé la nostalgie de ces moments-là, ... surtout durant les périodes de grande souffrance physique ou psychique.

Alors, je t'ai parfois remplacée par l'alcool, parfois aussi par des médicaments psychotropes, ou même par des drogues licites plus ou moins dures.
A d'autres moments, ce furent les passions, les excès, l'obsession ... car quand la souffrance est trop forte, on fait n'importe quoi pour penser à autre chose.

En plus de la morphine, j'ai également connu les extases du Rohypnol et d'autres produits de ces catégories en intraveineux ...difficile d'oublier tout cela ... !

Jusqu'aux années 2000, les médecins (par prudence face à quelqu'un ayant été largement morphinisé) refusaient d'apaiser mes douleurs avec des médicaments opiacés.
J'ai donc vécu durant près de 20 ans avec des souffrances physiques quotidiennes parfois atroces, qui m'amenaient à chercher, inconsciemment, d'autres systèmes pour m'enfuir de cette réalité.

Sur ma tombe, j'aurais d'ailleurs aimé qu'on inscrive cette épitaphe : "Ici enfin je ne souffre plus physiquement ... du moins je l'espère !"

Ces dernières années, apaiser la douleur est devenu une priorité médicale. Même la morphine sous forme d'Oxycontin ou de Contramal, est "descendue dans la rue" !
Sans oublier les patches de Durogésic qui permettent enfin aux grands souffrants une vie digne et confortable à domicile.

Mais les dérives sont faciles : ... avez-vous déjà bu une petite bouteille entière de Contramal au goulot ? ... moi, si ! Et deux sur la même après-midi, c'est plus intéressant encore ...

Mais revenons à notre histoire de douleurs :

J'ai fréquenté plusieurs "Centres de la douleur" et testé une bonne cinquantaine de ces pseudo-grandes nouveautés, dans lesquelles il y a même des 'modes' : en ce moment, (fin 2008) nous sommes dans la mode du Lyrica, du Xanax, et celle du Rivotril. Ces médicaments ne sont absolument pas nouveaux, mais cela fait l'effet d'une petite redécouverte, on croit qu'on avance ... c'est comme la mode et la longueur des jupes : c'est chaque fois une nouveauté ...

En ce qui me concerne, je prends le moins de médicaments possible mais j'y ai recours lorsque nécessaire pour calmer mes douleurs quand elles redeviennent permanentes, et supprimer des angoisses qui se posent sur mon coeur qui ne fibrille heureusement plus trop souvent.
Ma médication a été le fruit d'essais personnels successifs, durant lesquels j'ai testé moi-même - tableau excel à l'appui - plus de cent médicaments.
L'ennui, c'est que très peu de médecins m'aient suivi dans la démarche, et j'ai d'ailleurs été en conflit ouvert avec pas mal d'entre eux.
C'est là que j'ai pu voir que leur profession les rend souvent dominants, peu ouverts, fort préoccuppés par leur image, et surtout fermés à toute prise en charge du malade par lui-même, ce qui est l'inverse de ce que devrait être la médecine (cf. les livres et conférences du docteur Th. Janssen sur le sujet).

Revenons à la morphine et aux benzodiazépines :

Il faut un apprentissage et une grande maturité pour bien gérer les médicaments opiacés et les benzodiazépines, n'en prendre que lorsqu'ils sont nécessaires, et pas trop souvent pour ne pas s'y accoutumer. Voila pour la théorie. Mais, en réalité, leurs effets secondaires sont une entrave à leur utilisation abusive, sinon des tablettes entières y passeraient ... sans parler de leur sevrage, qui peut constituer une expérience d'enfer. J'en ai fait plusieurs, j'ai connu les hallucinations, les angoisses, les ressentis de décalages spatiaux, les tremblements, etc. ...
Je suggère donc à ceux qui voudraient s'y 'improviser' de rester conformes aux doses prescrites par un médecin réellement compétent (lorsqu'on en trouve un !) et de ne prendre aucun risque dans des domaines si délicats ...

Souffrir physiquement, quelle ineptie lorsqu'on sait que cela ne s'arrêtera jamais !

S'il n'y avait pas eu mon épouse et nos enfants, il eut mieux valu que je meure, plutôt que de connaître autant de souffrance physique.
C'est d'ailleurs eux qui sont la motivation de ma fureur de rester en vie, lors de l'accident et aux moments les plus critiques de mon hospitalisation.
Et par la suite aussi

... et encore aujourd'hui !(?)

Car ceux qui ont connu -à l'époque - le niveau des brûlures et des complications que j'ai eues, sont quasiment tous morts, soit au moment de leur accident, soit très peu de temps après.
Je suis donc un rescapé ultra-limite, mais aussi un acharné de la vie, qualifié souvent d'"extraterrestre", ce qui rejoint également par une autre détour mes caractéristiques d'être une personne dite à 'haut potentiel' c'est à dire -entre autres- dotée d'une hyperesthésie.
Il s'y retrouve d'ailleurs un mélange des deux qui n'est pas facile à gérer car aucune structure médicale actuelle ne peut le comprendre. Cela m'a créé d'énormes problèmes et il y aurait beaucoup à écrire sur le sujet.

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Voici le texte du jour des Narcotiques Anonymes, 31 mai :

« Nous vivons une journée à la fois, mais aussi instant par instant. Quand nous cessons de vivre ici et maintenant, nos problèmes prennent des proportions excessives.»

La vie semble parfois trop compliquée à comprendre, surtout pour ceux d'entre nous qui ont si longtemps cherché à s'en évader. Lorsque nous avons cessé de consommer, plusieurs d'entre nous se sont trouvés confrontés à un monde qui leur paraissait compliqué et même terrifiant.
Envisager d'un seul regard la vie et ses mille détails peut paraître insurmontable. Nous nous disons qu'après tout nous ne sommes peut être pas capables de contrôler la vie et qu'il est inutile d'essayer.
De telles pensées s'alimentent elles mêmes, et, bientôt, nous sommes paralysés par la complexité imaginée de la vie.

Heureusement, nous n'avons pas besoin de tout régler tout de suite. Résoudre un seul problème nous semble possible; nous prenons donc nos problèmes un à la fois. Nous nous occupons de chaque moment quand il se présente, puis nous nous occupons du moment suivant.
Nous apprenons à demeurer abstinents juste pour aujourd'hui et nous abordons nos problèmes de la même manière.
Si nous vivons notre vie moment par moment, la perspective n'est pas si terrifiante. Une respiration à la fois, et nous pouvons demeurer abstinents et apprendre à vivre.

Juste pour aujourd'hui, je vivrai les choses le plus simplement possible, en vivant juste le moment présent. Aujourd'hui, je m'attaquerai uniquement aux problèmes de la journée. Je laisserai les problèmes de demain pour demain.

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