François Calay

Eviter la rechute

rechuteEviter de rechuter dans les addictions ...

Pour tenter au maximum d'éviter la rechute dans les addictions, j'ai découvert jusqu'ici quatre éléments importants :
1) reconnaître sa dépendance
2) poser des choix pour se protéger
3) éviter l'obsession
4) développer sa volonté

1) Reconnaître sa dépendance

- Accepter avec une authentique humilité mon état de "dépendant" : je suis potentiellement susceptible à tout moment de devenir dépendant d'un produit ou d'une personne capable d'altérer mon champ de conscience et de me faire perdre ma volonté.

- Puisque je fonctionne suivant des liens relationnels de dépendance, non seulement j'en suis la victime car je dépends de mes addictions, mais je dois accepter que, de surcroît, je m'arrange inconsciemment pour rendre ceux qui m'entourent dépendants de moi.

- Il faut que je reconnaisse ma dépendance et que j'appelle à l'aide le plus vite possible lorsque je pressens la rechute, et pas ... après qu'elle ait eu lieu. C'est au moment où le besoin addictif fait rage, que je dois contacter quelqu'un ou utiliser un système de secours de manière à m'apaiser. Pas quand c'est trop tard.

- Il faut que je reste vigilant en permanence, pour ne pas "changer de comptoir" : en tant que dépendant, je peux m'attacher à quelque addiction que ce soit, et un grand leurre consiste à en quitter une pour s'attacher à une autre.
Exemple : je ne bois pas aussi longtemps que je vis dans la dépendance d'une passion amoureuse; ou encore : j'arrête de boire, mais je prends des médicaments; ou encore : j'arrête les médicaments, mais je fume ...

- N'importe quelle addiction est une dépendance qui reflète mon fonctionnement erroné et peut me faire replonger dans le pire. La recherche de l'abstinence doit se faire sur tous les fronts dans tous les domaines (principe N.A.). Il n'y a pas de petite ou de grande addiction. Elles sont toutes néfastes et les moins toxiques en apparence sont parfois les plus difficiles à combattre.

2) Poser des choix pour se protéger

- Comme au jeu d'échecs, c'est dans la position des pions que se trouve toute la stratégie d'évitement ... Il faut donc mettre en place toute une série d'éléments de protection, et ce, quand je vais bien. Quand j'irai mal, il sera trop tard.

- Il est essentiel de poser les choix nécessaires de manière à vivre un maximum dans la paix et sérénité, sans me laisser emporter par mes grandes idées idéalistes décalées de la réalité du quotidien. Eviter à tout prix, même dans le premier sens du terme, les situations de stress et d'émotions fortes. La vie en apportera suffisamment d'imprévues, et celles-là seront inévitables.

- Il faut laisser tomber les grandes déclarations, du style : "J'ai compris cette fois, je ne boirai plus jamais". Ces grandes affirmations ne servent vraiment pas à grand chose et sont même effrayantes : "plus jamais ?". Par contre, ce qui est efficace, c'est de me programmer de cette manière : "Je décide de ne pas boire pendant 24 heures", voire "dans l'heure qui vient". Souvent, une heure plus tard, je n'y pense déjà plus, et 24 heures à la fois, les années passent.

- Je dois aussi être vigilant pour de ne pas laisser s'emballer mon imagination, particulièrement fertile dans la création de scénarios catastrophe qui me plongent dans la panique. Rester dans l'instant présent. Ici et maintenant, ressentir mon corps, l'air ambiant, regarder ce qui m'entoure, humer les odeurs, me concentrer sur ce que je fais et chasser tout pensée me détachant du réel.

- Ne jamais me prendre pour un champion de boxe et refuser de monter sur le ring avec le produit addictif : il est toujours le plus fort. Et donc rendre l'accès au produit le plus difficile possible : pas d'alcool à la cave, pas de cigarettes dans mon sac, pas de médicaments addictifs ni d'ordonnances, ...
Plusieurs fois déjà, j'ai évité des rechutes en n'ayant pas d'alcool chez moi : je prenais la voiture décidé à aller en acheter, et après quelques kilomètres, je pensais à autre chose et rentrais, libéré de l'obsession. En ce qui concerne les morphiniques, j'ai également mis en place un système de protection en dénonçant mes excès auprès de mes anciens médecins prescripteurs.

- Par contre, il est important d'être toujours en possession de chewing-gum, de bonbons ou de chocolat, ou d'autres dérivatifs innocents, suivant mon addiction du moment. Pour l'alcool : ne jamais avoir soif, et donc me promener partout avec une bouteille d'eau.

- Ne jamais mentir, pour ne pas me mettre mal, car mentir aux autres induit d'énormes stress, et cela m'entraînerait probablement aussi à me mentir à moi-même, le plus grand mensonge que je puisse me faire étant : "Je ne suis pas dépendant".

- Lors des fêtes, dîners de famille, anniversaires : expliquer humblement mon problème, et dire aux visiteurs qu'ils peuvent apporter leurs consommations alcoolisées, mais qu'ils doivent repartir avec toutes leurs vidanges, vides ou non.

- Ne jamais casser le tabou : je me refuse de toucher toute forme du produit même quand je vais bien, car cela m'ouvre la porte à en prendre quand je me sentirai mal. Exemple : je n'accepte pas de pralines à la liqueur. Pas pour la quantité d'alcool qu'elles contiennent, mais pour le danger psychique que représente l'ouverture du tabou alcool pour moi.

- Prévoir un répertoire téléphonique spécifique dans mon téléphone portable avec les numéros d'amis fiables et abstinents, que j'appele en cascade au moment critique.

3) Eviter l'obsession

Si l'obsession ne se mettait pas en route, les choses ne seraient pas si difficiles car elles n'auraient que de faibles proportions. Mais un problème simple d'intensité 2/10 peut passer à 8/10 si l'obsession l'envahit. Alors, la souffrance étant devenue trop grande, le manque se fait sentir, l'obsession change de forme et devient l'obsession du manque, et toute addiction serait bienvenue pour sortir de ce cercle vicieux !

Il est donc essentiel que je puisse dériver la composante obsessionnelle vers quelque chose d'autre.

Vers quoi ?
- Vers le rêve de quelque chose d'agréable, que j'incruste dans mon esprit : le soleil sur la plage, l'eau des thermes, ...
- Vers un projet immédiat que j'aime faire et que je puis entreprendre immédiatement : jouer de la musique, faire la cuisine, ...
- Vers un cadeau futur que je me paierai d'ici quelques mois avec les économies de ma non-consommation : un voyage dans une île chaude, ...

Au pire, si mon état de manque me fait grimper les murs et que rien n'a fonctionné (et seulement dans ce cas et pour une période limitée), je peux essayer de dériver l'obsession en appliquant en dernier recours le principe de la moindre dépendance : manger du chocolat au lieu de fumer, fumer au lieu de boire, ...

4) Développer sa volonté

La volonté, cela s'éduque. Elle est absolument nécessaire pour que je puisse traverser le manque. Je vais donc m'entrainer à la développer par des petits exercices qui n'ont rien à voir avec l'addiction. Exemple : si j'ai peur du noir, je décide de faire une petite promenade dans la nuit.
Je travaille ainsi régulièrement ma volonté en essayant de vaincre des peurs assez simples, et cela me donne confiance en elle, je me sens fort.
Lorsque les affres du manque apparaissent, c'est précisément en cette volonté exercée que je fais confiance : elle va me permettre de tenir les quelques minutes nécessaires. Car les moments réellement difficiles, si je ne les amplifie pas par l'obsession, ne durent souvent que très peu de temps.

Lorsque tout va bien, je décide le matin de ne pas consommer, quoi qui se passe durant la journée, de produit addictif durant les 24 heures à venir.
Mais lorsque tout va mal, je ne prends la décision que pour une heure. Et je renouvelle cette décision heure par heure. Et j'ai assez facilement la volonté nécessaire pour tenir bon durant l'heure qui vient, car une heure, ce n'est tout de même pas grand chose !

Et enfin, on n'est pas toujours seul, et pour moi qui ai expérimenté le dialogue avec une Puissance supérieure à moi-même, je ne dois pas oublier d'invoquer la grâce. Je l'ai expérimentée plusieurs fois : c'est extraordinaire, un vrai miracle. Mais il faut faire cette démarche d'humilité ...

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"Ma rechute, c'est lorsque je recherche l'ivresse,
qu'elle soit affective, matérielle, professionnelle, sociale, sportive, médicamenteuse, musicale, que sais-je ?
Ma rechute, c'est lorsque cette recherche d'ivresse
me sort de mon présent,
m'envoûte sous sa dépendance,
me fait sortir de mon quotidien,
me fait rêver d'un ailleurs
qui va plonger mon présent ... dans l'enfer"


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