François Calay

Le "surefficient mental" ou "profil atypique"

le profil atypiqueLe profil atypique
On décrit généralement les individus dotés de "surefficience mentale", ou "à haut potentiel", ou "hp", ou "surdoués", ou "zèbres" ou "dotés de douance", ou "de profil atypique", comme possédant des capacités naturelles ou des fonctionnements nettement différents de la moyenne de la population dans plusieurs domaines d'habileté : intellectuel, créatif, artistique, sportif, etc.

J'apprécie l'expression de "surefficience mentale", car elle illustre bien l'existence d'un potentiel, souvent bien encombrant, qui ne va pas nécessairement se transformer en efficacité relationnelle ni en bien-être existentiel !

J'aime aussi la dénomination de "profil atypique", car elle exprime bien la différence, l'inattendu, l'anormalité qui génère de nombreux rejets, sans sous-entendre les notions de "sur-" ou de "plus-" présentes dans les termes "haut potentiel", "surdoué", etc..

Dans cette page, j'utiliserai donc principalement l'une ou l'autre de ces deux expressions.

Attention : la "surefficience mentale" est souvent confondue avec "beaux résultats scolaires", ou avec "raisonnement intellectuel élevé", et cela génère des incompréhensions supplémentaires, dans un domaine où les équivoques sont déjà très nombreuses.
Un certain nombre de "surefficients mentaux" ont des résultats scolaires désastreux et, surtout, une insertion catastrophique dans la société.

Différence entre "doué" et "compétent"
Le "don" est une capacité innée, tandis que la "compétence" est la capacité acquise à force de répétition et de travail.
La différence entre ces deux réalités est grande.

Personnellement, je suis reconnu comme "doué" ou "surdoué" dans beaucoup de domaines extrêmement divers, mais je ne suis pas toujours très "compétent", aussi ai-je une admiration souvent profonde envers les gens courageux et motivés, qui développent leurs talents.

Par exemple : je joue de l'orgue, je l'ai appris jusqu'à un certain niveau d'académie, mais sans m'astreindre à l'étudier assidûment, ce qui m'aurait donné accès à des diplômes supérieurs, si bien que, lorsque je joue, c'est soit très beau, ... soit complètement catastrophique, suivant les émotions du moment.

Car là où le don exprime ses limites, ... commence l'apprentissage ... et quand on n'a pas beaucoup étudié, on peut se planter à la première incohérence incontrôlée ...

C'est pour cela qu'une personne "douée" n'a pas toujours de quoi être fière, quand on la compare à quelqu'un de profondément courageux qui a acquis sa compétence par l'exercice, le travail, l'application, la concentration.

Ceci explique que j'ai de grands amis parmi les deux catégories de personnes, et que je n'ai qu'une fierté toute relative à avoir plus ou moins mal exploité les dons que j'ai reçus.

En résumé :
Il ne faut pas confondre les motivations, les dons, et la compétence : un professeur d'université (ce qu'était par ailleurs mon grand-père Odilon Calay), appartient le plus souvent à l'une ou l'autre de ces trois catégories :
- soit un fonctionnaire arriviste pistonné
- soit un intellectuel courageux non surdoué
- soit un réel surdoué qui a eu la chance d'être reconnu et qui a acquis une grande compétence par son travail.

Sensibilité accrue des cinq sens
Il y a une série de facteurs qui interviennent pour créer un personnage atypique, dont un facteur génétique évident, mais qui est influencé par l'environnement socio-culturel dans lequel il surgit.

Parmi les caractéristiques génétiques de base, on notera une sensibilité accrue des cinq sens, ou tout au moins de plusieurs d'entre eux, générant des perceptions beaucoup plus fortes que la normale.

Je me souviens des tests auditifs de mon oreille gauche lors des visites médicales de l'école primaire. L'infirmière demandait si j'entendais tel son, puis tel son, ... et j'entendais des fréquences extrêmement élevées (idem dans les basses), qui la rendaient incrédule. Alors elle coupait le son, et me demandait si j'entendais encore, pour essayer de me duper.
Malheureusement, la science n'accepte que les données qu'elle connaît, si bien que mon cas était rejeté comme valeur incorrecte et irréaliste, j'étais hors normes, donc inconnu, inexistant.
En fait, l'appareillage et la logique de ces tests étaient destinés à repérer les enfants sourds, mais pas les super-entendants.

Ainsi, personne n'a jamais détecté mon hyperacuité auditive, dont je n'étais d'ailleurs pas conscient non plus, et qui représente le plus grand de mes handicaps.
Mes oreilles ont été un véritable enfer dans ma vie. J'entends trop de choses, trop fort, les sons me traversent, c'est insupportable.
Je ne parle pas ici d'acouphènes ou autres sifflements, mais du fait que mon oreille gauche entend des sons très faibles, très lointains, ce qui m'oblige à vivre dans une rue en impasse, derrière du vitrage acoustique spécial, etc.
Même les lignes aériennes à haute altitude me sont insupportables et me réveillent la nuit.

Si le monde avait été construit par des hommes ayant la même ouïe que la mienne, tout aurait été conçu avec un seuil de 20 décibels plus bas.
Ceci illustre bien la problématique d'une sensibilité hors normes, et ne concerne jusqu'ici que mon oreille gauche. J'ai le même type de problèmes avec d'autres sens, sans parler de la sensibilité psychologique, etc.

Je vois là une des causes d'un comportement différent face à l'existence : le monde m'agresse, je ne me sens pas heureux dans un environnement mal conçu pour que j’y vive à l’aise. Cela me fait réagir, me met en situation de survie, donc en état de stress, suractive la vitesse d’analyse de certaines situations, etc.

Comme, selon les estimations, seulement 5 à 8% de la population a ce profil atypique, je sais et j'accepte désormais qu'il ne sera jamais possible de changer quoi que ce soit !
Si je réglais le volume du son d'une salle de cinéma suivant mes normes, 95% des gens n'entendraient pas le film !
Le mieux est donc de ne (plus) rien vouloir changer, pour ne pas faire de tort au plus grand nombre.
Une sorte de sage résignation.
A moi de trouver ma place dans les lieux et milieux qui me conviennent. La terre est grande et les possibilités sont (tout de même) nombreuses.

Aptitudes innées et diverses
Outre son hypersensibilité et son hyperstimulabilité, le "profil atypique" est généralement défini comme gratifié d'une série d'aptitudes et de caractéristiques de fonctionnement.
Il s'agit de caractéristiques cérébrales subtiles à décrire, tel n'est pas le but de cette page.
Ces aptitudes sont innées : un "atypique" n'a pas besoin de suivre des cours pour aborder bon nombre de problèmes considérés comme compliqués.
Par contre, un bon nombre d'entre eux aurait besoin de suivre des cours pour résoudre certains problèmes élémentaires, qui se compliquent artificiellement à cause du déroulement en arborescence de leur cerveau : une question entraînant une autre question ...

Ce qui peut être déconcertant pour mon entourage, c'est mon aptitude à sauter, parfois de façon exagérée, d'un problème à un autre, ou à l’opposé, d’être obsessionnel sur un thème totalement extérieur aux véritables urgences du moment.
Heureusement, petite consolation concernant ma stabilité, je constate qu’avec l'âge, il y a une constance dans la diversité de mes centres d'intérêts et une récurrence de ceux-ci dans le temps.
J'ai constaté également que ce sont exclusivement mes centres d'intérêts, et non les nécessités, qui guident mes occupations, même professionnelles. C'est, paraît-il, une caractéristique vraiment très spécifique de ceux qu'on considère comme "atypiques".

Un autre élément déconcertant pour mon entourage, est la vitesse accrue dans la perception et l'analyse des situations : une vision globale dans le temps me donne un pressenti immédiat du déroulement probable. Cela pourrait être qualifié d'intuition, mais ce n'en est pas car c’est rationnel, je puis l'expliquer, le démontrer si nécessaire, alors que l'intuition véritable est par essence totalement inexplicable par celui qui la ressent.

Voir des décisions vitales pour un pays, pour l'humanité, prises parfois par des gens incompétents, sourds, aveugles et même alcooliques déclarés, éveille en moi une grande angoisse.
Certains éléments du quotidien de la vie sont aussi insupportables. Dois-je les nommer ? L'étroitesse de l'esprit scientifique, la perversion de l'esprit économique, la pauvreté de l'esprit politique... insupportable, tout cela !

En parler ?
Il existe une excellente littérature sur le sujet, les ouvrages de Jeanne Siaud-Facchin étant jusqu'ici les plus connus.

Plus récemment (fin 2011), j'ai découvert le livre intitulé "Je pense trop", de Christel Petitcollin, qui représente pour moi le meilleur ouvrage actuel s'adressant aux surefficients mentaux. Elle y explique entre autres comment fonctionnement les normopensants, cela m'a fait un bien fou de comprendre enfin les spécificités de leur comportement.

Malheureusement lorsque le sujet est abordé par certaines personnes non atypiques, elle risquent de le percevoir de manière totalement incorrecte, puisque la logique d'esprit qu'elles essaient d'approcher leur échappe totalement. C'est le cas de certaines équipes de recherche dans lesquelles sont nommés des fonctionnaires, et c'est la porte ouverte aux âneries, résultant de l’étude du problème vu sous un angle restreint correspondant à leur largeur d'esprit.

Caractéristiques probables des personnes dites dotées de "surefficience mentale" (source : asbl "Douance")
Hyperstimulabilité, hyperesthésie, hypersensibilité, susceptibilité
Fonctionnement cérébral non linéaire : en arborescence ou par associations
Curiosité, créativité, imagination débordante
Capacité de faire plusieurs choses en même temps, persévérance (si l'intérêt le justifie)
Intérêts très variés, passant facilement d'un domaine à l'autre
Recherche de la compagnie de personnes plus âgées
Grand sens de l’humour, mais très particulier, souvent incompris
Respect des règles bien comprises ("logiques"), mais tendance à questionner l’autorité non fondée
Perfectionnisme, doublé d'une extrême lucidité, qui entraînent parfois le doute, la peur de l'échec.

Avoir un profil atypique, quel handicap !
Depuis ma plus tendre enfance, je porte en moi un sentiment d’étrangeté, de différence, une conviction d’être incompris (qui est réelle), parce que mes centres d’intérêts et mon regard sur le monde ne trouvent pas beaucoup d’écho dans mon entourage.
Les conséquences de ce sentiment m'ont souvent amené à me replier, à me nier, pour être accepté, et de nombreuses souffrances se sont cristallisées en moi.

En novembre 2009, cette pensée m'est venue à l'esprit :
Je persiste à croire que le pire de nos handicaps, c'est d'être "atypiques" : une personne "normale" a une capacité d'adaptation beaucoup plus basique qui lui permet de se réadapter dans les limites de son répertoire. Nous "atypiques", nous n'en sommes pas capables : subjugués par des désirs grandioses correspondant à la suractivité de nos perceptions et de nos sensations, nous ne pourrions pas envisager de faire un métier simple, répétitif, etc., simplement pour nous nourrir : ce serait à nos yeux mourir d'ennui et d'inutilité aux grandes causes de l'univers.

Quelques problèmes majeurs :
- comment m'intégrer aux groupes que je fréquente ?
- comment vivre de manière apaisée, malgré les perceptions trop fortes ?
- comment subsister de manière détendue, malgré ces pensées, ces images, ces musiques qui m'habitent sans arrêt ?
- comment arriver à ne faire qu'une seule chose à la fois, sans me disperser ?
- comment être moi, sans m’automutiler dans mes raisonnements et ma sensibilité ?
- comment vivre sur terre, sans pour autant rejeter le fonctionnement de la société ?

Processus inadapté dans les groupes :
Le procédé le plus spontané consistait à essayer de m'intégrer en me présentant volontairement sous une personnalité simplifiée, pour essayer de me mettre à la portée des autres et correspondre à ce qu’ils attendent de moi ... cela s'est souvent terminé de manière catastrophique.

En réalité, il vaut mieux être simplement soi-même, naturel, mais à l'aise avec sa différence, alors les autres, miroirs de soi, l'acceptent aussi.

Le plus délicat à gérer, c'est l'état de danger de mort face aux "fonctionnaires", car ceux-ci peuvent être très dangereux lorsqu'ils ont le pouvoir. Mais on apprend assez tôt à leur dire ce qui correspond à leur attente, et le danger est écarté.
J'inclus dans ma définition de "fonctionnaire" toute personne qui fonctionne dans le 'bien appris' et 'suivre l'ordre reçu', aussi ridicule soit-il (fût il médecin, militaire, bureaucrate, garagiste ou enseignant, sa profession et son grade n'ont aucune importance).

Quelques avantages d'être "surefficent mental" (source : groupe de soutien pour surdoués)
Etre en extase même avec un tout petit quelque chose
Ne jamais s'ennuyer, comprendre vite
Expérimenter et beaucoup apprendre
Avoir une sensibilité aux personnes, une empathie naturelle
Faire les choses de manière personnelle
Avoir la possibilité de "jouer" avec la vie
Avoir des sensations fortes en musique et en art
Ne pas être impressionné
Avoir une capacité d'ouverture.

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"L'art du surdoué, c'est d'apparaître potentiellement non dangereux."
Marilyn Merlo

"C'est un grand tort que d'avoir eu raison avant les autres."
Edgard Faure

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