François Calay

Et un jour ... on se tait

hopitalUne après-midi, lors de mon hospitalisation (en 1982), j'ai reçu dans ma chambre un cousin de mon épouse.

Vétérinaire, il avait contracté la rage, et il m'a parlé avec humour de l'année qu'il avait passée à l'hôpital et de la tournure que sa vie avait prise.
Quel bien cela m'a fait !

J'ai aussi reçu, durant ces six mois, des dizaines de visites de gens bienveillants.
J'en ai consolé un certain nombre, pour leurs chagrins d'amour, pour leurs difficultés quotidiennes, celles de leurs enfants, une jambe cassée, ...

Mais la voici, la réflexion qui m'a fait taire définitivement : "eh bien, vous en avez eu, de la chance".
Beaucoup de gens m'ont dit cela. Or il ne faut jamais dire cela à un accidenté, même si, en la retraduisant, cela veut dire 'tu as eu de la chance de t'en être sorti d'un accident pareil".

Mon pauvre ignorant, de nous deux, c'est toi qui a eu de la chance, puisque tu n'as pas eu ce type d'accident.

Ma gorge se nouait. Je sentais monter en moi toute la violence dont mes muscles n'étaient plus capables, alors je me tus.
Et c'est ainsi que je me tus pendant de nombreuses années ... car il vaut mieux se taire que se sentir incompris.

Vous voulez savoir comment ça se passe maintenant ?

Il y a quelques mois, lors d'une petite fête locale, j'étais en présence d'un ami qui m'a présenté à une personne du village que je ne connaissais pas.
Lui expliquant où j'habite, ce brave inconnu a répondu : "ah oui, je vois, vous êtes le brûlé là où il y avait eu l'incendie, au dessus des Crétalles".

Pour beaucoup de gens, depuis le 21 août 1982, je ne suis toujours que le "brûlé du dessus des Crétalles".

Il m'aurait fallu une force inouïe pour apprendre à répondre à de telles réflexions, ou bien, il aurait fallu déménager. Ce ne fut pas le cas.

Et pourtant, j'en ai fait des choses dans ma vie, j'ai connu des joies profondes, des moments d'émotions intenses.
J'ai eu le bonheur de vivre beaucoup de choses insolites, peu courantes.
J'ai pu réaliser la majorité de mes rêves, certains même parmi les plus inimaginables.

Une grande partie de ce site internet me permet de partager quelques unes de ces expériences, en espérant que mes lecteurs découvriront que je ne suis pas seulement le "brûlé du dessus des Crétalles" ...

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"Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit. Car chaque solitude a son propre mystère."
Sully Prudhomme

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