François Calay

Le cadre référentiel de chacun

Le cadre référentiel
foule

J'appelle "cadre référentiel" d'une personne, le "monde" dans lequel l'individu se ressent vivre. C'est ce que le langage courant appelle parfois la "bulle" de quelqu'un.

Le "cadre" d'une personne est constitué de sa perception sensitive de la réalité extérieure, qui est décodée par son mode de traitement de l’information constitué de sa logique, ses besoins, ses aspirations, ses sensations, son imagination, ses souvenirs, ses apprentissages, ses jugements, et bien d'autres éléments Ce décodage de traitement des informations est appelés par certains "l'inférence cognitive".

Chacun se réfère à un "cadre" totalement unique, formaté par la plus infime partie de son histoire et de ses sensations.
Pour rencontrer quelqu'un, il faut faire en permanence une adéquation entre son propre cadre et celui de l'autre, ce qui est facilité par la présence éventuelle d'un ressenti commun, mais l'imagination ayant une place importante dans le processus, cela donne des résultats parfois totalement erronés, appelés aussi "distorsions cognitives".

Difficulté de percevoir le cadre de l'autre

Le cadre référentiel est totalement incommunicable à autrui, il ne s'exprime pas en mots, ni ... d'aucune autre façon !
Je peux, au mieux, "imaginer" ce que l'autre vit, en fonction de mon cadre à moi, de ce que j'ai vécu ou des observations de ma propre histoire.

Si l'autre personne a vécu une expérience ressemblante à une des miennes (études, profession, famille, culture, philosophie, accident, voyages, hobby, ...), nos cadres vont vraisemblablement se rejoindre dans le domaine qui nous est commun. Il me sera donc possible d'imaginer assez correctement ce que l'autre essaie de partager, puisque dans mon existence se trouvent des sensations et des émotions relatives à ce qu'il me décrit.
Mon cerveau va donc chercher, à travers mes propres souvenirs, à mettre en place une association d'images et de ressentis cohérents avec son histoire à lui : il est ... probable ... que je comprenne ... un peu ... ce qu'il essaie de me communiquer.

Par contre, il m'arrive parfois d'être en présence d'êtres humains semblant vivre sur une planète totalement différente : leur logique de comportement, leurs moeurs ou coutumes, leurs choix de valeurs, tout m'est imperceptible. Dans ce cas, je me dis que nos cadres sont ... très différents, et j'assume la solitude relationnelle qui s'en suit.

Exemple : je déambulais il y a quelques semaines dans une rue exclusivement piétonne, où j'ai dû m'écarter pour laisser passer un véhicule 4x4 (normalement forestier ?! ) au volant duquel se pavanait une dame "particulièrement" coquette, bravant tous les interdits de circulation et dérangeant tout le monde.
Ce schéma cognitif a induit chez moi des pensées négatives, des ruminations, des images mentales catastrophiques et un comportement de grand contrôle pour éviter une violence verbale contre cette dame : je l'aurais traitée d'un nom correspondant assez bien à l'image qu'elle donnait, en fût-elle une ne m'eut pas étonné.

motolondrestirette
Chacun peut percevoir ce triptyque de manière très différente !

Comment bien se situer pour être heureux ?

1- Quand mon cadre référentiel est celui de mes désirs, je me sens ... le meilleur !
C'est un chemin de satisfaction trop peu connu : chacun est le meilleur au monde, dans son cadre propre. Mais pour cela il faut savoir être soi-même et remplir son propre cadre, celui-ci s'agrandissant doucement et spontanément, au fur et à mesure des apports de la vie.
Exemple : je suis le meilleur pianiste au monde pour jouer ma propre musique improvisée.

2 - Quand mes désirs sont plus grands que mon cadre, je me sens ... tout le temps mauvais !
Si je mets le seuil trop haut, je n'arriverai jamais à l'atteindre, et je passerai ma vie dans la frustration.
Il faut apprendre à accepter les limites de son propre cadre, ne pas vouloir atteindre la perfection ni programmer des défis impossibles.
Exemple : je m'acharne à acquérir une meilleure souplesse des doigts au piano, mais ils sont pleins d'arthrose, et plus je fais d'exercices, plus ils s'enflamment.

3 - Quand mes désirs sont différents de ceux de mon cadre, je me sens ... tout à fait mauvais et inadapté.
Le cadre des autres, dans lequel on apprend à se projeter dès l'enfance, ne permet pas d'être soi-même et sera toujours aliénant.
C'est la grande illusion : prendre pour sien le cadre de quelqu'un d'autre, parce qu'on n'a pas accès à son propre rêve intérieur..
Les souffrants qui sont dans cette situation ont besoin d'une grande prise de conscience et d'un grand travail de déformatage pour s'en sortir.
Exemple : j'enrage car je n'arrive pas à jouer au piano ... le morceau imposé du Concours Reine Elisabeth ... avec la même finesse qu'un des lauréats.

Découvrir le cadre de quelqu'un

Lorsqu'on engage la conversation avec une personne inconnue, il faut essayer d'aller la rejoindre dans son cadre, ne pas attendre d'elle quelle fasse la démarche.

Par quelques questions, il est souvent possible de repérer certains lieux de son cadre qui sont communs, de manière à avoir un partage verbal satisfaisant pour tous les deux : ce qu'elle fait comme métier, ses loisirs, ses centres d'intérêt, sans parler de la vie privée à ce stade natif de la conversation.
Il est essentiel d'établir en douceur un enchevêtrement correct des cadres, en posant les bonnes questions, au bon moment, et de la bonne manière.

Et lorsqu'on se trouve en présence de quelqu'un d'antipathique ou de renfermé, l'important n'est pas tellement de se dire "qu'est ce qu'il a comme problème ?", mais plutôt de se poser la question : "comment puis-je le rejoindre dans sa réalité d'ici et maintenant ?"

Exemples de vulnérabilités dues à ce système

- Ce que l'autre me dit ne s'adresse pas toujours à moi. Je suis parfois lieu de transfert, parce que dans son cadre je lui rappelle l'image ou le comportement de quelqu'un qui l'a fait souffrir. Dans ce cas, je peux être attaqué, alors que cela ne me concerne pas.

- L'atypique dont la différence de cadre n'est pas connue ou reconnue par le cadre normatif du groupe ou de la société dans laquelle il vit, passera toute sa vie en marge de celle-ci. C'est d'autant plus dramatique pour tous, s'il a des talents impossibles à faire reconnaître puisque cela échappe totalement aux autres.

- La science a un cadre d'expérimentation très rigoureux. Elle ignore donc totalement ce qu'elle n'est pas capable de mesurer, puisque ce n'est pas dans son cadre. A cause de cela, les plus grandes découvertes se font par accident, et d'autres, tellement simples, ne se font pas.

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"L'essentiel n'est pas d'être compris de tous, mais de ceux à qui c'est utile et indispensable."
Mona

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