François Calay

L'insouciance

1958_1Définition et synonymes

INSOUCIANCE : absence de souci, d'inquiétude, de tracas.

INSOUCIANCE = détachement, désintérêt, étourderie, frivolité, imprévoyance, imprudence, inattention, inconscience, indifférence, indolence, irréflexion, légèreté, négligence, nonchalance, optimisme.

Le hit-parade des soucis

L'homme actuel connaît la peur, l'inquiétude, la crainte. Toute la vie courante est porteuse de dangers et de menaces : l'amour tue, la politique est corrompue, le monde est malade, l'air est vicié, l'eau est polluée, la planète s'essouffle, la science est incontrôlée, l'argent est sale, les forces de la nature se déchaînent, l'économie est en "récession", l'état fédéral devient deux entités fédérées, le vainqueur est dopé, ...
Pour taire ces vagues d'angoisse, 20% des ventes de médicaments sont destinées à soigner le système nerveux et un tiers de la population a recours aux tranquillisants.
Et, de surcroit, l'expression à la mode est "OK, pas de souci !" ... utopique, insupportable !

Au hit-parade des craintes de nos contemporains, on trouve (source : Mermet, Francoscopie) :
- Les maladies graves
- Le chômage
- La drogue
- La pollution et les problèmes d'environnement
- Les manipulations génétiques, les progrès scientifiques
- L'immigration clandestine
- Les guerres de religion

Avantages de l'insouciance

Lorsqu'on est insouciant,
- on est heureux, ou du moins joyeux, ou du moins, sans grande angoisse
- on est en phase avec l'entourage : aucun décalage, aucun malaise
- on peut oublier qu'on va "droit dans le mur" si c'est le cas ...

L'insouciance est une véritable jouissance du moment.
Mais qu'il m'est difficile de cultiver mon insouciance, de faire des choses inutiles !

L'insouciance est-elle souhaitable ?

Catégorie 1 : oui
Pour certains, l'insouciance est souhaitable, indispensable même, car ils en manquent profondément :
- les personnes dites à " haut potentiel", qui ont rarement connu l'insouciance de l'enfance
- les hypersensitifs (des cinq sens) ou les hypersensibles (psychiquement)
- les individus élevés dans un contexte hostile, de survie (guerres), de culpabilité (non-dit familial), de stress (professionnel, relationnel).
Ceux qui n'ont pas connu l'insouciance naturelle doivent essayer de la cultiver : on est dans l'angoisse et dans la peur lorsqu'on manque d'insouciance. Il s'agit de gens traqués qui cherchent le répit de toutes les manières possibles.
Pour eux, insouciance est synonyme de détachement, optimisme.

Catégorie 2 : non
Pour d'autres, un surcroit d'insouciance n'est pas souhaitable : ils sont déjà trop installés dans l'inconscience et ne prennent pas leurs responsabilités car ils ne voient pas les conséquences de ce qu'ils font. Ils sont aveugles à ce qui les entoure et à l'implication de leurs actes. C'est malheureusement le cas de trop de gens (esprits fonctionnaristes) sur cette terre, pour qui l'insouciance est un réel défaut !
Pour eux, insouciance est synonyme de négligence, inattention, nonchalance.

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La suite de cette page est en relation avec la recherche l'insouciance, catégorie 1 définie ci-dessus, qui m'interpelle beaucoup.

1958_2Le manque d'insouciance

Lorsqu'on manque d'insouciance, la vie devient un enfer, une torture de préoccupations ... et trois solutions sont possibles :

1 - tomber en dépression : s'arrêter, pour arrêter l'enfer ... car à force de se responsabiliser, on devient fou.
2 - rechercher l'apaisement de l'état "sans-souci" par la consommation d'alcool, de médicaments, de drogues, ... pour (re)trouver enfin l'insouciance, un peu de répit, aussi temporaire soit-il.
3 - effectuer un sérieux travail sur soi-même pour apprendre à "lâcher prise", et souvent ... vaincre la peur de l'insouciance !

Le bon dosage

Le manque d'insouciance peut provenir d'un besoin excessif de contrôle. Lorsqu'on a besoin de trop contrôler ce qui nous entoure, on s'épuise.

Alors il faut trouver le bon dosage entre :
- la relativisation des événements
- la peur
- la responsabilité.

Pas facile !

Mieux encore :

Il faudrait remplacer le concept d'insouciance par

- le bien-être : avec soi, avec les autres, avec l'environnement : faire la différence entre les obligations réelles et les obligations parasites induites par la peur, et poser des choix. Oser être soi, connaître ses désirs et ses besoins, avoir confiance en soi, ne pas être soucieux d'avoir le bon "rôle" vis-à-vis des autres, même si cela brave l'interdiction morale édictée par la société qui veut se concocter des travailleurs consommateurs.

- la légèreté : arrêter de s'encombrer de ce qui ne nous appartient pas. N'avoir qu'un seul souci, le souci réel de vivre sa grandeur d'âme, ne pas être subjugué par une montagne de préoccupations inutiles, ne pas se sentir accablé par les responsabilités et les contraintes : "tout ce qui se passe n'est pas nécessairement sous ma responsabilité, je ne suis pas le centre du monde". Il faut pour cela apprendre à évaluer correctement l'essentiel et l'accessoire.

Approche spirituelle

Matthieu, 6.25-34 :
"C'est pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ..."

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"La vraie insouciance, c'est de laisser les autres s'inquiéter pour soi."
Michèle Bernier

"La perspective certaine de la mort pourrait mêler à la vie une goutte délicieuse et parfumée d'insouciance - mais, âmes bizarres d'apothicaires, vous avez fait de cette goutte un poison infect, qui rend répugnante la vie toute entière !"
Friedrich Nietzsche

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